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Projet Tournesol - Avis du SNB sur la partie économique


Le projet Tournesol prévoit une mise en commun des moyens et des activités de BP2S et de CACEIS sur l’activité Corporate Trust réalisée sur les supports actions en France. La justification donnée à ce projet est essentiellement financière, constatant que l’activité est déficitaire depuis plusieurs années.


Plus élevé chez BP2S (-12 M€ en 2020) que chez CACEIS (-1 M€), le rapport de notre expert montre toutefois que chez BP2S ce déficit trouve avant tout son origine dans des choix d’allocation analytiques des coûts et d’abandon de la mutualisation des moyens offerts par le GIE Registrar. Les déficits du Métier sont en conséquence pour bonne partie la résultante des choix de gestion opérés par l’entreprise et non du seul contexte de marché difficile sur cette activité.


En proposant un partage du capital à parts égales entre les deux actionnaires et une perspective de retour à la profitabilité dans deux ans, le projet Tournesol ambitionne de redresser miraculeusement cette activité qui porte un risque de réputation non négligeable vis-à-vis des clients. Il n’en demeure pas moins que ce projet suscite plusieurs commentaires au regard notamment des difficultés inhérentes à sa construction et au contexte de marché :


- La clientèle de l’activité CTS Equity France reste stratégique pour CIB et génère un volant non négligeable de revenus qui va bien au-delà des seules activités transférées, rendant la décision d’externalisation peu opportune, l’équilibre financier devant s’apprécier au niveau du PNB réalisé avec le client et non segment par segment, comme semble l’indiquer le motif économique du projet.


- En se spécialisant sur la seule activité Corporate Trust Equity en France, la joint-venture disposera d’un niveau moindre de diversification de ses revenus, ce qui accroît le risque porté par la structure. Cette situation fait peser une menace sur la pérennité des emplois au sein de la joint-venture ainsi que sur le pouvoir d’achat des salariés transférés.


- L’activité transférée à la joint-venture se caractérise par des prévisions de croissance à la baisse à l’image du marché concerné, offrant peu de perspectives aux salariés qui seront transférés, comme l’illustre le plan d’affaires tablant sur un niveau de PNB en 2024 inférieur de 5% à celui de 2019.


- Les perspectives de retour à la rentabilité de la structure se basent donc exclusivement sur une réduction des coûts, stratégie par essence aléatoire, rendant l’ensemble très fragile et peu stimulant pour les salariés :

  • Accroissement de l’intensité concurrentielle qui augmente la pression sur les prix et réduit la capacité de l’entité à répercuter une éventuelle hausse de sa base de coûts dans des épisodes inflationnistes comme c’est le cas depuis le début de l’année

  • Enveloppes contraintes d’évolution de la masse salariale et incertitudes sur la capacité de l’entité à dégager des enveloppes NAO, de variable, d’intéressement et de participation comparables à celles observées aujourd’hui, rendant ce projet contraire aux intérêts des salariés

  • Incertitudes sur le retour à la rentabilité qui induisent des craintes quant à la pérennité de la structure et, à tout le moins, sur le maintien de l’engagement des deux actionnaires au sein de la joint-venture au-delà des cinq ans mentionnés dans le pacte d’actionnaire ; document susceptible d’évoluer à tout moment

- S’ajoutent à ces incertitudes :

  • Un engagement initial sur cinq ans qui reste relatif dans la mesure où le projet de pacte d’actionnaire prévoit tout de même des exceptions rendant possibles un désengagement plus rapide de l’une des parties au projet

  • De potentielles lourdeurs décisionnelles au sein des instances de gouvernance du fait de la construction du projet qui pourraient nuire à l’agilité et à la réactivité de la structure.

Enfin, sur le plan stratégique, le projet Tournesol s’accorde assez mal avec les ambitions affichées par le Métier Titres depuis plus de deux ans. En excluant l’activité CTS Equity de BP2S, notre Direction Générale crée un précédent et adresse un message déplorable à l’ensemble des collaborateurs qui constatent désormais que la stratégie, tant vantée de banque intégrée, s’applique à géométrie variable. En quelques mois de temps seulement, nous sommes passés d’une banque qui se veut « intégrée », seule solution supposée attendue des clients, à une banque qui se débarrasse sans ménagement de ses activités les moins rentables.


Cette première entorse à la ligne de conduite définie avec le projet Diamond en fait d’ailleurs redouter d’autres et la question que beaucoup se posent désormais : quelle activité sera la prochaine à faire les frais de ce démantèlement ?


Cette volte-face stratégique pourrait prêter à sourire si elle n’était pas également source de souffrance voire de détresse pour les salariés directement concernés par le projet. Les éléments permettant d’apprécier l’impact sur les conditions de travail ne sont pas encore établies à ce jour, faute d’un démarrage dans les temps sur ce sujet, ce qui interroge sur le sérieux de la conduite de ce projet et implique le report de l’avis sur les conditions de travail à septembre 2022. Nous avions déjà eu l’occasion d’alerter la direction sur un constat similaire à l’occasion du déménagement des équipes IT à Valmy 8.


Force est de constater que l’histoire se répète et qu’une fois de plus c’est le collaborateur qui en fait les frais. Par ailleurs les premiers éléments remontés du terrain laissent transparaitre dans le meilleur des cas un sentiment d’incompréhension mais beaucoup plus souvent une impression d’abandon ainsi que de réelles inquiétudes quant à l’avenir : quid du cadre social, de la rémunération fixe et variable, de l’intéressement, de la participation, de la mobilité, du lieu de travail, de la retraite, des prestations du CSE… ?

Autant de sujets pour un questionnement fort légitime en face duquel la direction n’apporte aucune réponse, exception faite de bloquer arbitrairement la mobilité de celles et ceux qui voient leur avenir au sein de BNP Paribas et non de Tournesol.


En clair, ce serait faire offense à l’intelligence des têtes pensantes de ce projet que d’imaginer un instant qu’elles n’aient pas anticipé les conséquences sur le moral des troupes. Pour autant et à ce jour, aucune action n’a vu le jour, aucun engagement n’a été pris afin de garantir aux collaborateurs concernés des conditions identiques à celles dont ils bénéficient actuellement chez BP2S. Quand on sait que la viabilité du projet repose sur des économies drastiques afin de retrouver le chemin de la profitabilité, on imagine aisément que ces mêmes économies vont se faire au détriment des collaborateurs concernés. C’est inacceptable car bien que structurel, le déficit de cette activité représente une goutte d’eau à l’échelle de la banque intégrée (0,1% du résultat 2021 du groupe BNP Paribas), sans même parler de la nécessité, d’un point de vue commercial, de conserver cette offre au catalogue. La banque intégrée quand elle s’autoqualifie de RSE, se devrait d’être solidaire, les activités profitables compensant celles qui ne le sont pas, les collaborateurs d’un même groupe formant un ensemble uni, unique et indivisible.


Les élus SNB BP2S ont toujours salué les initiatives de l’entreprise quand celles-ci sont de nature à améliorer la situation d’une activité, à la soutenir en cas de difficultés ou à la développer et à saisir des opportunités, sans exposer les collaborateurs. Le projet Tournesol emprunte une autre direction et s’inscrit dans une méthode qui consiste avant tout à faire porter le risque sur les collaborateurs concernés.


Les élus SNB de BP2S sont opposés à ce projet jusqu’au-boutiste, parfaite illustration d’une spirale infernale dont l’objectif exclusif est la recherche du profit quoi qu’il en coûte humainement.

Au contact quotidien des collaborateurs CTS concernés, nous constatons un tel niveau d’anxiété que cela nous fait malheureusement redouter le pire.

La Direction en a-t-elle conscience ?

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